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Dix nouvelles de plaisir… diabolique

Livres

Par Paul-François Sylvestre – Semaine du 7 août au 13 août 2012

Dix nouvelles de plaisir… diabolique

Joyce Carol Oates, Le Musée du Dr Moses, nouvelles traduites par Claude Seban, Paris, Éditions Philippe Rey, 2012, 256 pages, 34,95 $.

Joyce Carol Oates occupe depuis longtemps une place au tout premier rang des écrivains contemporains. Cette Américaine, qui a remporté le prix Femina étranger en 2005 pour Les Chutes, a récemment publié Le Musée du Dr Moses, un recueil de dix nouvelles de plaisir… diabolique.

Dans chaque nouvelle le décor est vite planté et en général des plus ordinaire.

L’auteure part souvent d’une banalité quotidienne, puis distille cette atmosphère en quelques phrases innocentes pour y superposer une vague inquiétude qui se transforme lentement en subtile terreur.

La première nouvelle, «Salut! Comment va!», est une phrase de cinq pages et demie. Si vous êtes amateur de jogging, vous vous retrouverez en pays ou terrain de connaissance. Mais attention! La fin pourrait vous dégoûter à jamais de cette forme d’exercice…

L’auteure a souvent recours à des phrases courtes et sans verbe. Elle écrit, par exemple que «Leur père était en vie. Et vieillissant.» Elle commence la nouvelle «Dépouillement» en ces termes: «Se dépouiller des choses salies. Des choses tachées. Des odeurs.»

Comme je suis un jumeau, j’ai lu avec un intérêt particulier la nouvelle intitulée «Les jumeaux: un mystère». B* et C* sont les fils du Dr A* qui les a dressés l’un contre l’autre, car «la compétition est la source de l’excellence génétique».

Dans une nouvelle, une personne ne sait pas si elle est vraiment réelle ou si elle est «une fille dans les rêves des autres».

Dans une autre histoire mystérieuse, c’est la force de l’un qui entraîne la faiblesse des autres, «comme par une magie perverse». Partout il y a des regards intenses et singuliers.

Quand vous entrerez dans l’abominable Musée du Dr Moses, vous devrez avoir les nerfs solides, car certains présentoirs vous feront dresser les cheveux sur la tête.

À l’instar de la protagoniste, vous risquez peut-être de vous sentir «comme une enfant si épuisée par la peur et l’angoisse que, finalement, elle se détend et dort innocemment, sans savoir ce qu’elle fuit ni si cela la poursuivra».

Joyce Carol Oates écrit que «tous les faits existent pour être pris en considération et utilisés». Et elle les utilise pour mieux brouiller une piste trop directe, pour se faire la championne de la survie en eaux glauques.

Résultat: la nouvelliste nous oblige à tourner avidement ces pages de mystère, de suspense, voire d’horreur.

L’éditeur a bien raison de dire que la moitié des nouvelles de ce recueil sont dignes d’Edgar Allan Poe ou d’Ernest Hemingway.

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