Forum francophone sur la santé mentale
L’insuffisance des services en français, un frein au développement communautaire
Par Annik Chalifour – Semaine du 24 avril au 30 avril 2012
De g. à d. Hélène Roussel, directrice de Reflet Salvéo (Entité de planification des services de santé #3.), Kenneth McRoberts, principal du Collège universitaire Glendon, la ministre Madeleine Meilleur, Antoine Dérose, conseiller en programmes du CAMH, mercredi 18 avril.
Le Comité du réseau des services de toxicomanie et de santé mentale en français de Toronto a tenu le «Forum francophone sur la santé mentale et les dépendances: Parlons-en!» au Centre d’Excellence du Collège universitaire Glendon, les 18 et 19 avril derniers.
Le besoin de mener une réflexion sur le thème de la santé mentale et de rechercher de nouvelles formes d’intervention est né du constat de l’inadéquation des services psychiatriques et psychosociaux présentement offerts aux francophones de la région torontoise et de ses environs.
Le colloque s’adressait tant aux utilisateurs francophones de soins de santé qu’aux fournisseurs de soins et travailleurs de la santé, partenaires locaux et provinciaux.
L’ouverture du Forum s’est déroulée en présence de Madeleine Meilleur, ministre de la Sécurité communautaire et des Services correctionnels et déléguée aux Affaires francophones, mercredi 18 avril.
Approche globale et locale
«Les défis propres aux francophones en matière de santé mentale font partie des priorités du gouvernement ontarien», a confirmé Mme Meilleur mercredi dernier.
La ministre a cité, entre autres, l’exemple de la stratégie globale de lutte du gouvernement contre les dépendances, incluant le plan d’action triennal dédié aux jeunes où le premier ministre McGuinty a décidé d’investir 13 millions $.
«Nous préconisons une approche à la fois globale et locale de la gestion de la santé», a rappelé la ministre Meilleur, faisant référence aux nouvelles Entités de planification des services de santé axées sur la participation communautaire.
Modèle de service
Le colloque visait à obtenir des données probantes provenant de recherches et de pratiques, ayant pour but de renseigner les planificateurs et les fournisseurs de services sur les enjeux du développement des services en santé mentale pour les francophones du Grand Toronto.
«Nous espérons que les conclusions du forum serviront à contribuer au développement d’un modèle de service, à la fois de prévention et de traitement, qui réponde aux besoins et réalités vécues par les communautés franco-torontoises», a commenté Antoine Dérose, organisateur du Forum, conseiller en programmes du CAMH (Centre de toxicomanie et de santé mentale).
Citons parmi nombre d’experts invités, le Dr Bernard Le Foll du CAMH, spécialisé en toxicomanie et en thérapie cognitivo-comportementale, chef de la Clinique de recherche et de traitement de la dépendance à l’alcool; le Dr Gilles Bibeau de l’Université de Montréal, anthropologue médical ayant à son actif plusieurs années de recherche outre-mer sur l’analyse socio-culturelle des services de santé; le Dr Kwame MacKenzie, psychiatre, chercheur sur l’égalité sociale et la santé, directeur adjoint du Programme de traitement de la schizophrénie au CAMH.
Situation minoritaire
On entend souvent dire que l’équilibre délicat de la santé générale d’un individu repose aussi sur son état mental.
Selon le Dr Kwame MacKenzie, de nouvelles recherches démontrent qu’outre ce bilan, «la santé mentale des individus appartenant à une communauté spécifique est également garante du développement durable de celle-ci.»
Un commentaire particulièrement judicieux dans le contexte de ce forum qui se penchait sur les besoins en services de santé mentale pour les Franco-Torontois en situation minoritaire, et visant l’équité pour les francophones en matière d’accès auxdits services.
Contexte multiculturel
Par ailleurs, selon le Dr Gilles Bibeau: «La perception des symptômes d’un problème de santé mentale et de l’intervention pertinente, comme la dépression par exemple, peuvent grandement varier selon les croyances culturelles d’une communauté à une autre.»
Ces propos viennent renforcer l’importance de privilégier l’approche culturelle en matière de livraison des services de santé mentale dans le contexte francophone multiculturel du Grand Toronto.
Encourager le dialogue
Selon Antoine Dérose, «le colloque a permis aux participants de mettre l’accent sur les insuffisances du système actuel de soins de traitement des dépendances et en santé mentale, et d’explorer les moyens d’améliorer les services à l’intention des communautés francophones de la région du Grand Toronto.»
«Le Forum a offert un espace confortable pour parler sur la santé mentale et la dépendance. Une grande majorité de participants a estimé que le colloque a contribué à enrichir leur connaissance sur le sujet. Ils ont déclaré se sentir habilités, inspirés, et motivés.»
Le rapport du colloque sera soumis aux différentes instances concernées.
Réseaux de soins spécialisés
Rappelons que depuis 2005, quatre réseaux de soins spécialisés ont été établis à l’échelle de la province par le ministère des Services sociaux et communautaires.
Ils ont pour objet d’améliorer les services aux adultes ayant une déficience intellectuelle et éprouvant le besoin de soins spécialisés en raison de problèmes cumulés de santé mentale ou de troubles de comportement.
Le commissaire aux services en français mentionne sur son blogue que «pour les services aux francophones cela représente un grand défi, bien qu’il existe un comité consultatif de services spécialisés en français financé modestement par le ministère, soutenu par une Ressource de langue française»
On peut faire appel à cette Ressource pour aider à trouver une solution, que ce soit une consultation en français avec un expert reconnu par vidéoconférence, lors d’une rencontre en personne, ou en obtenant une aide directe.
Le commissaire estime que cette approche peut servir de modèle intéressant, «car elle responsabilise tous les acteurs dans toutes les régions de l’Ontario à trouver des solutions pragmatiques pour le bien des personnes et de leurs familles.»
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