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La Géorgie: une pomme de discorde entre Moscou et Washington

International

Par Gabriel Racle – Semaine du 29 août au 4 septembre 2006

Même si on n’en a guère parlé, lorsque les présidents Bush et Poutine se sont entretenus en tête-à-tête à Saint-Pétersbourg en juillet dernier, à l’occasion du sommet du G8, ils ont «parlé essentiellement de la Géorgie», a indiqué le président russe. On ignore ce qui s’est dit, mais l’échange a dû porter sur la tension entre la Russie et la Géorgie, dont le président pro-occidental, Mikheil Saakachvili, est soutenu par Washington.

D’où provient donc cette tension indirecte entre Moscou et Washington? La Géorgie est un petit pays de 4,5 millions d’habitants, qui occupe une position stratégique au bord de la mer Noire, entre la Fédération de Russie, la Turquie, l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Longtemps inféodée au pouvoir russe, à partir des années 1800, la Géorgie proclame son indépendance en 1918, à la suite de la révolution bolchevique.

Mais en 1921, l’armée rouge envahit le pays qui devient en 1936 la République socialiste soviétique de Géorgie, dont le plus célèbre représentant est un certain Joseph Staline. Le 9 avril 1991, peu avant l’effondrement de l’URSS, la Géorgie déclare à nouveau son indépendance. Mais l’Adjarie et l’Abkhazie, qui avaient le statut de républiques autonomes, et l’Ossétie du Sud, celui de région autonome, incluses dans la République socialiste soviétique de Géorgie souhaitent leur indépendance et la proclameront par la suite.

Et c’est de là que vont découler les problèmes entre Tbilissi, capitale de la Géorgie, Moscou et Washington.

D’un côté, la Russie a pratiquement toujours exercé un solide contrôle sur la Géorgie. Dans son édition du 30 octobre 1999, le journal La République de Géorgie publiait des propos de Mikhaïl Souslov (1902-1982), l’idéologue du parti bolchevique de Russie et du parti communiste d’URSS: «Nous devons tenir compte du fait que les Géorgiens se différencient fortement de nous, et que tôt ou tard, ils poseront la question de l’indépendance et de la liberté. Nous devons commencer à les affronter en Abkhazie. En profitant de l’Abkhazie, nous accorderons l’indépendance à la Mingrélie, la Svanéthie et l’Adjarie. Nous raviverons ainsi les sentiments provinciaux et nationaux entre eux. Nous devons dresser la Géorgie occidentale contre la Géorgie orientale et jouer le rôle de conciliateurs. Nous devons simultanément persuader scientifiquement les Géorgiens qu’ils sont issus de pays divers et qu’ils sont les représentants de diverses nations, ce qui nous donnera la possibilité de les chasser définitivement du territoire géorgien.»

Que subsiste encore l’esprit de tels propos dans les sphères du Kremlin n’aurait rien de surprenant. Moscou, qui soutient en sous-main les régions qui ont proclamé leur autonomie et sont en conflit avec Tbilissi, y maintient des bases militaires.

Par ailleurs, la «Révolution des roses» de l’automne 2003 a contraint à la démission le président, Edouard Chevardnadzé, ancien ministre géorgien des affaires étrangères de l’URSS, remplacé par M. Saakachvili, président du Mouvement national démocrate et pro-occidental.

Les États-Unis, qui ont favorisé la Révolution des roses, appuient ce nouveau gouvernement et l’adhésion du pays à l’OTAN, dont il n’est pour l’instant que partenaire. Mais, cette avancée proaméricaine à la frontière sud de la Fédération de Russie n’est pas pour plaire à Moscou, d’autant plus qu’il a perdu le contrôle rigide qu’il exerçait sur toute la mer Caspienne, à l’exception de la côte iranienne, et sur son pétrole.

L’alliance des États-Unis, de la Turquie, de la Géorgie et de l’Azerbaïdjan a permis la création d’un oléoduc qui va de Bakou à Ceyhan (Turquie) et contourne la Russie.

Et voilà qu’en juillet dernier, le Parlement géorgien a demandé le retrait immédiat des soldats russes d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud, où ils étaient intervenus pour rétablir la paix dans le conflit avec le gouvernement central de Géorgie. M. Saakachvili, qui a promis de reprendre le contrôle des deux régions, a accusé la Russie de tenter d’annexer une partie du territoire géorgien, car ses habitants se voient attribuer des passeports russes.

Pour Moscou, la demande du Parlement géorgien est une provocation. Pour Washington, la Géorgie doit récupérer l’ensemble de son territoire. Le regain de tensions en Géorgie oppose donc Russes et Américains.

Une pomme de discorde à laquelle s’ajoute celle causée par la sanction prise à Washington contre deux sociétés russes, soupçonnées d’avoir contribué à des programmes iraniens d’armes de destruction massive. «Inacceptable», a fustigé le ministère des Affaires étrangères russe. Pour l’instant, on en est là.

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