C'est officiel: le Canada se retire de Kyoto
Par The Associated Press – Semaine du 13 décembre au 19 décembre 2011
à 03h38 HNE, le 13 décembre 2011.
OTTAWA - Le Canada se retire du protocole de Kyoto sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, a annoncé lundi le ministre fédéral de l'Environnement, Peter Kent. Selon lui, ce retrait va éviter au pays 14 milliards de dollars de pénalités.
Le ministre Kent a fait cette annonce lundi, à peine rentré de la conférence des Nations unies sur le climat qui se déroulait à Durban, en Afrique du Sud.
Le gouvernement avait plus que pavé la voie à l'abandon de Kyoto au cours des dernières semaines, affirmant que l'accord représentait le passé. Peter Kent a affirmé que Kyoto n'était rien d'autre qu'un "obstacle". Ce "n'est pas la voie de l'avenir. Durban est la voie de l'avenir", a-t-il poursuivi. C'est pourquoi "nous invoquons notre droit reconnu par la loi de nous retirer officiellement de Kyoto", a-t-il déclaré.
Le ministre a ainsi illustré ce que signifierait de ne pas se retirer de Kyoto: "le transfert à d'autres pays de 14 milliards de dollars des contribuables canadiens -soit l'équivalent de 1600 dollars de la part de chaque famille canadienne- et cela n'aurait aucun impact sur les émissions et sur l'environnement".
Pour respecter Kyoto, il faudrait retirer "chaque voiture, camion, véhicule tout-terrain, ambulance et chaque voiture de police des routes canadiennes", ou arrêter entièrement toutes les activités d'agriculture du pays, en plus de cesser de chauffer toutes les maisons et les entreprises canadiennes, selon le ministre. "Voilà le coût de Kyoto pour les Canadiens".
Le Canada avait entériné le protocole sous le gouvernement de Jean Chrétien, mais à leur arrivée au pouvoir en 2006, les conservateurs ont ignoré Kyoto, qu'ils avaient toujours dénoncé. Lundi, le ministre Kent a qualifié l'accord "d'héritage du gouvernement libéral incompétent".
Le protocole de Kyoto oblige ses signataires à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, mais les conservateurs estimaient que tenter d'atteindre les objectifs aurait eu un impact négatif sur l'économie canadienne.
Selon l'organisation écologiste Greenpeace, Ottawa "vient de signer l'arrêt de mort de certaines des populations les plus vulnérables au monde". Il s'agit, estime-t-elle, d'un autre signal démontrant que "le gouvernement Harper est plus préoccupé par la protection des pollueurs que celle des citoyens".
Les experts sont divisés sur les causes et l'ampleur des changements climatiques.
Tas de merde
Mercredi, les insultes et le langage coloré ont fusé à la période de questions lorsque le libéral Justin Trudeau a traité le ministre de l'Environnement Peter Kent de «tas de merde».
Ce n'est pourtant pas pour répondre à une accusation personnelle ni même défendre un membre de son parti que le député de Papineau est sorti de ses gonds, mais bien pour voler au secours de la néo-démocrate Megan Leslie.
Après une question posée par Mme Leslie sur les changements climatiques, le ministre a suggéré qu'elle n'était pas bien informée parce qu'elle n'avait pas pris part à la conférence de Durban, en Afrique du Sud. Or, c'est le gouvernement conservateur lui-même qui a refusé d'être accompagné par les députés d'opposition, contrairement à la pratique qui prévalait jusque-là pour les grands sommets internationaux.
Devant cette contradiction, la Chambre s'est enflammée et M. Trudeau a lancé son insulte en anglais («piece of shit»). Il s'est par la suite excusé en Chambre pour son utilisation d'une expression «non parlementaire».
«Le ministre de l'Environnement a réprimandé la députée de Halifax pour ne pas avoir assisté à la conférence de Durban après avoir empêché tous les membres de l'opposition d'assister à Durban», a-t-il expliqué à ses collègues.
«Par conséquent, j'ai perdu mon calme et utilisé un langage qui était bien franchement non parlementaire», a-t-il ajouté, avant de s'excuser et de retirer ses paroles.
Devant les journalistes, il a expliqué avoir voulu défendre Megan Leslie même si elle ne fait pas partie de sa famille politique parce que sa collègue libérale porte-parole en environnement, Kristy Duncan, a elle-même tenté de se débrouiller seule, tant bien que mal, pour assister au sommet à titre d'indépendante.
Bien des années plus tôt, en 1971, son père Pierre Elliott Trudeau, alors premier ministre, avait fait beaucoup jaser en employant le mot «fuddle duddle» alors que l'opposition jurait l'avoir vu articuler en Chambre une insulte bien plus crue.
Interrogé à savoir ce que son père penserait de l'insulte qu'il a lancée au ministre, Justin Trudeau a concédé qu'il serait déçu par l'usage de termes qui ne sont pas «parlementaires».
«Mais je sais qu'il aurait probablement été ravi que je prenne la défense de quelqu'un d'autre», a-t-il supposé.
Quant à Megan Leslie, elle a admis qu'il était parfois difficile de garder son sang-froid devant les agissements des conservateurs. «J'ai à me mordre la langue si fort parfois en Chambre que ça saigne», a-t-elle lancé.
Le niveau de langage n'a pas été des plus corrects au cours de cette session parlementaire. Plus tôt cet automne, le néo-démocrate Pat Martin avait été montré du doigt pour avoir utilisé sur Twitter le mot «fuck» pour exprimer son indignation envers le gouvernement dans sa gestion du dossier de la Commission canadienne du blé.
Le commissaire doit quand même faire son rapport
Par ailleurs, même si le gouvernement a annoncé que le Canada se retirait formellement de Kyoto, le commissaire à l'environnement rappelle qu'il a toujours le mandat de faire rapport aux parlementaires sur la mise en oeuvre du protocole au pays.
Une équipe d'avocats se penche actuellement sur les implications de l'annonce du ministre de l'Environnement, Peter Kent, a indiqué Scott Vaughan.
«Je dois déterminer quelle est la prochaine étape parce que nous avons une équipe maintenant qui travaille sur le prochain rapport», a noté le commissaire à l'environnement et au développement durable. Cette équipe doit présenter les fruits de son travail au printemps prochain.
Le commissaire n'a pas voulu commenter en détail le retrait de Kyoto décrété par le gouvernement conservateur, arguant que c'était avant tout une décision «politique». Il a cependant rappelé que le gouvernement avait déjà des «problèmes sérieux» dans l'application des règlements, et qu'il envisage malgré tout de s'attaquer aux gaz à effets de serre, justement, par voie réglementaire.
Visiblement inquiet d'éventuelles coupes à Environnement Canada, le commissaire à l'environnement et au développement durable a salué, dans son rapport déposé mardi, la qualité du travail effectué par les scientifiques au sein du ministère.
Mais le commissaire craint que la science fasse les frais des compressions annoncées du gouvernement conservateur. D'où l'urgence de mettre en place le «Plan pour les sciences», adopté en 2007, mais déposé sur une tablette depuis.
Ce plan établissait les priorités et les objectifs pour le long terme des activités scientifiques à Environnement Canada. Mais le ministère n'a pas intégré son plan à son «cadre de gestion», et n'a donc pas passé «de la théorie à la pratique».
Dans son rapport, le commissaire souligne les conséquences fâcheuses que pourrait avoir une information de piètre qualité, comme la prise de décisions «mal informées», menant éventuellement à «l'accélération de la dégradation de l'environnement», voire à «l'accroissement des risques pour la santé humaine».
«En cette période de réduction budgétaire, il est d'autant plus urgent d'avoir en place un plan pour les sciences à l'échelle du ministère», a noté M. Vaughan.
Substances dangereuses
Dans un autre chapitre de son rapport, le commissaire déplore que le gouvernement se traîne les pieds en ce qui a trait au transport de produits dangereux. Certains types d'explosifs et d'acides circulent sur nos routes avec un permis provisoire associé à un plan d'intervention d'urgence au cas où une catastrophe surviendrait. Or, pas moins de 50 pour cent de ceux qui ont présenté un plan afin de pouvoir transporter des matières dangereuses roulent encore sur un permis temporaire après cinq ans.
Le commissaire cite en exemple une entreprise qui a transporté 3000 litres de gaz propane inflammable depuis 13 ans et en ne disposant que d'un agrément provisoire de son plan. Ces plans temporaires sont par définition «moins étroitement vérifiés». M. Vaughan conclut qu'il faut resserrer la surveillance à l'égard de ces entreprises.
Rien de nouveau sous le soleil, ces faiblesses avaient été signalées à Transport Canada il y a cinq ans, a-t-il rappelé.
Le commissaire tire par ailleurs la sonnette d'alarme quant à l'application de la loi sur la protection de l'environnement. À son avis, la gestion de son application n'a pas été faite de façon à «minimiser les menaces que présente la pollution pour la population canadienne et l'environnement».
La porte-parole néo-démocrate en environnement, Megan Leslie, a soutenu qu'avec ce gouvernement, «il n'y a pas de shérif dans la ville» lorsqu'il est question de mettre en oeuvre la réglementation liée à l'environnement.
«J'aimerais passer 24 heures sans être devant les médias à commenter les mauvaises nouvelles liées à l'environnement et ce gouvernement», a-t-elle ironisé.
