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400 ans de dictionnaires français

Livres

Par Gabriel Racle – Semaine du 15 août au 21 août 2006

400 ans de dictionnaires français

En 1606, paraissait «chez David Douceur, Libraire juré, rue saint Jacques, à l’enseigne du Mercure arresté, avec privilège du Roi et de l’empereur» le Thresor de la Langue Françoyse, tant Ancienne que Moderne.

C’est véritablement le premier dictionnaire qui présente les caractéristiques d’un dictionnaire français monolingue et qui ouvre la voie à tous les dictionnaires français ultérieurs que nous connaissons, y compris celui de l’Académie française. Ce dictionnaire est le fruit d’une importante évolution sociale et linguistique, le passage du latin au français.

Au XVIe siècle, comme l’explique le grand spécialiste des dictionnaires anciens, le professeur Russon Wooldridge de l’Université de Toronto, «la langue [française] se cherche encore, elle acquiert un statut officiel dans la vie civile, elle est défendue et illustrée par les écrivains (Du Bellay, Ronsard) et les savants (Henri Estienne); le poids du latin est pourtant encore déterminant. Dans les écoles, le français est essentiellement une voie d’accès au latin (premiers dictionnaires de Robert Estienne).»

En 1539, le roi de France François  1er signe l’ordonnance de Villers-Cotterêts, qui fait du français la langue officielle du droit et de l’administration, en lieu et place du latin, pour faciliter la bonne compréhension des actes de l’administration et de la justice. Et la même année paraît le Dictionaire Francoislatin, contenant les motz & manieres de parler Francois, tournez en Latin de Robert Estienne, conçu pour le «soulagement de la ieunesse Francoise, qui est sur son commencement & bachelage de literature», dit-il dans la préface. Ce dictionnaire – ce mot date donc de 1539 – connaîtra quatre éditions remaniées, avec de multiples additions faisant de plus en plus de place au français.

Mais c’est un certain Jean Nicot qui le fera évoluer de la manière la plus significative avec son Thresor de la langue françoyse, qui paraît en 1606, six ans après la mort de son auteur. Jean Nicot, né à Nîmes en 1530, fut ambassadeur de France à Lisbonne de 1559 à 1561. C’est là qu’il découvre le tabac, surnommé l’herbe à Nicot, qu’il introduit à la cour du roi de France. La nicotine porte son nom.

Mais son meilleur titre de gloire est son dictionnaire. C’est un dictionnaire alphabétique, mais pas rigoureusement alphabétique, avec le regroupement des entrées en famille. Les articles comprennent des définitions, des étymologies latines, des exemples, des remarques descriptives et normatives sur l’orthographe, la prononciation et l’usage, ainsi que des commentaires étymologiques, historiques et encyclopédiques, avec des proverbes, des exemples tirés des grands auteurs, comme dans tout bon dictionnaire de langue d’aujourd’hui.

«Il n’est pas exagéré de dire que l’article de dictionnaire, du moins en ce qui concerne la lexicographie française, a été élaboré par Nicot. À peu près tout type d’information ainsi que tout procédé de description utilisés depuis dans un dictionnaire français se trouvent déjà dans les pages du Thresor.» (T.R. Wooldridge, Les Débuts de la lexicographie française, 1977)

Nicot fut «sans doute notre plus grand lexicographe avant Littré», écrivait Nina Catach, la grande spécialiste de l’histoire de l’orthographe française, dans son Dictionnaire historique de l’orthographe française (Paris, 1995). Quiconque s’intéresse à la langue française ne saurait donc sous-estimer la contribution de Jean Nicot à celle-ci. Le 400e anniversaire de la publication de son dictionnaire mérite donc bien une petite mention.

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