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Albert Camus: l’homme révolté

50e anniversaire de la mort de l'écrivain encore très populaire

Livres

Par Gabriel Racle – Semaine du 12 janvier au 18 janvier 2010

Albert Camus: l’homme révolté

Il y a 50 ans, le 4 janvier 1960 précisément, une puissante voiture automobile s’écrasait contre deux arbres, au bord d’une route nationale française, à moins de 100 km de Paris. Et l’on découvrait avec stupeur le décès sous le choc d’un de ses deux occupants, Albert Camus, suivi à l’hôpital de celui de Michel Gallimard, des célèbres éditions parisiennes. La route était droite et sèche, la voiture était entièrement démolie.

L’évocation de cet anniversaire est l’occasion de nous remémorer qui était Albert Camus, un des plus grands écrivains français du XXe siècle, romancier, dramaturge, essayiste, journaliste, surnommé tout aussi bien «l’humaniste incompris» que «l’homme révolté».

Cette dénomination est d’ailleurs le titre d’un excellent petit livre qui, en quelques pages abondamment illustrées de photographies, nous rappelle tout ce qu’il faut savoir de Camus, avant d’entreprendre ou de reprendre la lecture de ses ouvrages: Rey, Pierre-Louis. Camus. L’homme révolté. Gallimard, 128 p.

Racines algériennes

«S’il est vrai que les seuls paradis sont ceux qu’on a perdus, je sais comment nommer ce quelque chose de tendre et d'inhumain qui m'habite aujourd'hui. Un émigrant revient dans sa patrie. Et moi, je me souviens.» À 22 ans, Camus écrivait ces lignes dans L’envers et l’endroit, son premier texte.

L’auteur évoque, sans le dire, des souvenirs d’enfance. Il était né le 7 novembre 1913 dans un village de l’Algérie alors française, proche des ruines d’Hippone, la ville de saint Augustin, qui inspirera d’ailleurs la pensée de Camus.

Son père, un modeste ouvrier agricole mobilisé meurt en octobre 1914, dès le début de la guerre. Sa mère, illettrée, déménage à Alger et fait des ménages pour élever ses deux fils.

«De son enfance misérable, Camus gardera en mémoire l’amour silencieux de sa mère, la bonté d’un instituteur qui lui permit d’accéder à la culture, la fraternité découverte grâce aux terrains de football et aux scènes de théâtre», de dire P.-L. Rey (p. 11).

Mais il restera à jamais marqué par «ce monde de pauvreté et de lumière où j’ai longtemps vécu et dont le souvenir me préserve encore des deux dangers contraires qui menacent tout artiste, le ressentiment et la satisfaction».

Évasion dans la littérature

Marié en 1934, licencié en philosophie en 1935, Camus voyage en Europe centrale avec sa femme, dont il se sépare, car elle se drogue à la morphine que lui fournit son amant.

Camus travaille, passe une maîtrise en 1938 en traitant du néoplatonisme et de la métaphysique chrétienne de Plotin et d’Augustin.

Mais surtout, il publie son premier vrai livre, L'Envers et l'Endroit (1937), dans lequel se trouvent déjà les grands sujets de son œuvre: le soleil, la solitude, l’absurde destin de l’homme. «Camus est un écrivain de l’absurde.» (L.-P. Rey).

Camus se remarie, quitte l’Algérie, fait de la Résistance contre l’occupant nazi et écrit. De 1940 à 1945, il compose «le cycle de l’absurde», trois œuvres d’importance, L’Étranger, un roman, Caligula, une pièce, Le Mythe de Sisyphe, un essai. «Faute d’un sens à la vie, l’homme peut en dépasser l’absurdité par la révolte tenace contre sa condition.» (Encyclopédie Hachette)

La révolte

Ces ouvrages valent à Camus ce qui marquera sa vie d’écrivain et de penseur, des éloges et des critiques. Camus, séparé de sa femme restée en Algérie, travaille à un roman qu’il appelle d’abord Les Séparés, et qui devient La Peste, dans lequel l’épidémie figure l’occupation allemande. Cet ouvrage connaîtra un succès retentissant dans la période d’après-guerre et qui se poursuit: le livre est vendu à plus de cinq millions d’exemplaires, en plusieurs langues.

Rédacteur en chef de Combat, Camus traite des grands sujets du moment, le colonialisme, la bombe atomique, la peine de la mort, la misère humaine. Puis il publie un essai L’Homme révolté, qui suscite une violente controverse. Pour Camus, «Je me révolte donc nous sommes».

Prix Nobel

En 1957, le prix Nobel de littérature lui est décerné. Camus a 44 ans, c’est le plus jeune écrivain distingué à Stockholm.

«Ce n'est pas le monde qui est absurde, mais le sens que l'homme y cherche, sans le trouver. Comme Sisyphe, nous sommes condamnés à pousser sans fin un rocher devant nous. La vie vaut-elle alors d'être vécue? Oui, car l'homme, dans son inutile effort, est plus grand que son destin puisqu'il peut se révolter contre lui. Telle est sa liberté.»

«Il faut imaginer Sisyphe heureux», pense Camus qui entreprend un nouveau roman, Le Premier Homme, dont on retrouve dans la voiture accidentée le manuscrit inachevé.

«Peu d'écrivains ont été plus aimés, peu ont mérité autant de l'être. Il meurt en pleine jeunesse, en pleine gloire. Tous ceux qui le connaissaient sont atteints au meilleur d'eux-mêmes. 
Tous ceux qui l'ont vu sont blessés au plus fraternel de leur être. Il laissera un souvenir radieux.» (Journal Libération du 5 janvier 1960)

Au Panthéon?

Le président français Nicolas Sarkozy a proposé récemment de transférer la dépouille d'Albert Camus de son cimetière de Provence au Panthéon, le temple parisien des «grands hommes» de la nation, où repose notamment Victor Hugo.

Le fils et la fille d'Albert Camus n'ont cependant pas encore autorisé ce déménagement, que plusieurs intellectuels ont d'ailleurs dénoncé comme une tentative de récupération politique de l'oeuvre de l'écrivain par le président.

Commentaires

Au Canada, plaidez pour que Camus reste à Lourmarin.
Merci.

LiberT21 janvier 2010 15:39

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