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Le Québec ramène l'euthanasie sur la scène nationale

National

Par Guillaume Garcia – Semaine du 17 novembre au 23 novembre 2009

Dépénalisée, voire légale dans plusieurs pays, l’euthanasie reste un sujet tabou qui soulève des tensions, parce que directement reliée à la mort, à la perte d’un être humain. Deux semaines se sont écoulées depuis la publication du rapport du Collège des médecins du Québec; un flot de réactions s’en est suivi et une projet de loi voulant amender le Code criminel pour favoriser l’euthanasie, déposée en mai 2009 et formulée par la députée bloquiste Francine Lalonde, doit être étudiée à Ottawa. Les débats sur la possibilité de mourir dans la dignité sont ouverts.

Euthanasie active, passive, acharnement thérapeutique, arrêt des traitements, suicide assisté, il faut manier les termes avec des pincettes si l’on ne veut pas passer pour un empoisonneur. Que dit le rapport du Collège des médecins? Oui, l’euthanasie devrait pouvoir faire partie «des soins appropriés en fin de vie».

«Mais lorsqu’on parle d’euthanasie, plusieurs pensent au suicide assisté, qui n’a rien à voir avec la réflexion actuelle. Pas plus que les notions d’acharnement thérapeutique, d’arrêt des traitements et de traitements futiles, qui sont réglées par le Code civil du Québec.

Il dit qu’une personne a le droit de décider pour elle-même de la poursuite des traitements ou non. Ça se fait tous les jours. Et ça, ce n’est pas de l’euthanasie», explique le Dr Yves Robert, secrétaire du Collège des médecins.

Projet de loi privé

Les pays qui pratiquent l’euthanasie n’autorisent pas forcément tous le suicide assisté, sur quoi porte la proposition de loi de Francine Lalonde.

Le projet de loi C-384 prévoit la modification de deux articles du Code criminel (les paragraphes 222 et 241). Grâce à ce Projet de loi, l’euthanasie et le suicide assisté pourraient être offerts aux personnes âgées de 18 ans et plus, éprouvant des douleurs physiques ou mentales aiguës sans perspective de soulagement ou atteintes d’une maladie en phase terminale. (http://www2.parl.gc.ca/HousePublications/Publication.aspx?DocId=3895681&Language=e&Mode=1&File=24).

Le projet de loi doit encore être débattu au Parlement mais déjà, le Canada voit plus loin que plusieurs pays qui autorisent uniquement l’euthanasie passive, c’est à dire, un soulagement de la douleur du patient pouvant entraîner la mort.

Eric Macdonalds, de l’organisation canadienne Mourir dans la dignité / Dying in Dignity se réjouit de la prise de position du Collège des médecins du Québec et du projet de loi de la député bloquiste: «C’est un pas dans la bonne direction, ça a le mérite d’ouvrir le débat. Je pense que les gens sont prêts à en discuter et c’est très important de le faire.»

L’annonce de la volonté de poursuivre le débat sur l’euthanasie par le Collège des médecins du Québec ainsi que le projet de loi de Francine Lalonde soulèvent de vives réactions du côté de ceux que l’on appelle les «pro-vie». Delores Doherty, une practicienne de Terre-Neuve et farouche opposante à l’euthanasie affirme que l’introduction au Parlement du projet de loi de Francine Lalonde montre que les activistes [pour l’euthanasie] avancent avec succès sur cette question.

«Le débat a été déplacé sur la scène nationale à partir du Québec. Je ne sais pas pourquoi les médecins québécois sont derrière cette initiative, cela va à l’encontre de toute logique», a poursuivit la présidente de groupe pro-vie LifeCanada.

Les Québécois plus favorables

Le rapport du Collège des médecins du Québec, favorable à la poursuite de la discussion sur l’euthanasie, rejoint l’opinion publique québécoise qui selon les derniers sondages serait favorable à 75% à cette pratique – ce chiffre tournerait autour des 50 % dans les autres provinces – chiffre que plusieurs, dont Eric Macdonalds justifient par la baisse de l’importance de la religion au Québec. «Les objections religieuses à l’euthanasie sont trop grandes au Canada, cela empêche d’avoir une conversation saine», avance-t-il.

Si les médecins québécois se montrent relativement favorables au processus de mise en place de l’euthanasie, ce n’est pas le cas de tous leurs collègues. José Luis Pereira, chef des soins palliatifs à l’hôpital d’Ottawa élève la voix contre le rapport des médecins du Québec.

«Tout est allé trop loin», dit-il en parlant dudit rapport. Le docteur Pereira, qui a travaillé trois ans en Suisse, où l’euthanasie est légale, explique que le Collège des médecins mélange les soins de fin de vie et l’euthanasie, ce qui rend le public confus. «Il y a une grande quantité de désinformation, c’est très irresponsable», affirme-t-il.

Il est vrai que le Collège des médecins du Québec marche sur des œufs avec ce rapport, les termes utilisés sont lourds de conséquences dans la tête des gens et même lors de leur conférence de presse, ni Yves Robert, secrétaire du Collège des médecins ni, Yves Lamontagne, le président n’ont parlé d’euthanasie en la nommant.

Voilà un des principaux épines à s’enlever du pied rapidement si les Canadiens veulent un débat fructueux, se mettre d’accord sur les termes et ce que l’on veut vraiment. Les insinuations, non-dits empoisonnent les discussions, le sujet est grave, appelons un chat un chat.

Définition:

Parsuicide assisté, terme issu de l'anglais assisted suicide, on entend une aide délivrée par un médecin ou un collège de médecins pour permettre à un patient en phase terminale de mourir s'il en exprime la volonté. Il ne peut être pratiqué uniquement en milieu hospitalier. Il est légal aux États-Unis dans les états de l'Oregon et du Washington.

Euthanasie passive: le médecin injecte un produit pour soulager le patient sur demande de celui-ci, la dose nécessaire pour soulager la douleur pouvant entraîner la mort (double effet). C'est la forme la plus courante et acceptée d'euthanasie.

Euthanasie active: un médecin, sur demande du patient, lui injecte une dose mortelle de produit.

Pour connaître les différentes législations selon les pays, le sénat français dispose d'une synthèse (www.senat.fr/lc/lc49/lc49.html). Le site participatif Wikipédia propose également beaucoup de contenu, en anglais et en français, mais rien n'est vérifié par des médecins ni des juges.

Commentaires

Une fois qu'on se sera entendus sur la terminologie, j'espère que le débat va s'étendre ailleurs qu'au Québec. A mon âge, ayant été témojn du départ d'êtres chers, je n'accepte plus que le clergé me parle de respect pour justifier une mort lente et dégradante. Je n'accepte plus l'argument des médecins qui ne "doivent pas intervenir" pour accélérer le processus final. Les médecins interviennent dans la vie des humains depuis leur naissance. Ce faisant, ils la prolongent de façon très peu naturelle. Si on vérifiait auprès des ainés - ceux que l'Antiquité appelaient les sages - on entendrait un différent son de cloche. Et surtout, si les porteurs de bannières Pro-vie RESPECTAIENT les droits des autres, on pourrait avancer dans ce débat.

Claudette Deshaies20 novembre 2009 10:46

OUI à l'aide au suicide, mais NON à l'euthanasie !

Au sujet de la différence entre l'euthanasie et l'aide au suicide, il faut distinguer entre les arguments juridiques, éthiques et religieux. On ne peut pas simplement affirmer sans nuance qu'il n'existe pas de différence entre les deux : dans un cas c'est le patient lui-même qui s'enlève la vie (aide au suicide) alors que dans l'autre c'est le médecin qui la retire. Il faut d'abord préciser sur quel terrain (juridique, éthique ou religieux) on tire notre argumentation. Si l'on se situe sur le terrain de l'éthique, on peut raisonnablement soutenir qu'il n'existe pas de différence. Cependant, si l'on se situe sur le terrain juridique, il existe toute une différence entre l'euthanasie (qualifié de meurtre au premier degré dont la peine minimale est l'emprisonnement à perpétuité) et l'aide au suicide (qui ne constitue pas un meurtre, ni un homicide et dont la peine maximale est de 14 ans d'emprisonnement). Dans le cas de l'aide au suicide, la cause de la mort est le suicide du patient et l'aide au suicide constitue d'une certaine manière une forme de complicité. Mais comme la tentative de suicide a été décriminalisée au Canada en 1972, cette complicité ne fait aucun sens, car il ne peut exister qu'une complicité que s'il existe une infraction principale. Or le suicide (ou tentative de suicide) n'est plus une infraction depuis 1972. Donc il ne peut logiquement y avoir de complicité au suicide. Cette infraction de l'aide au suicide est donc un non-sens.

En revanche, l'euthanasie volontaire est présentement considérée comme un meurtre au premier degré. Le médecin tue son patient (à sa demande) par compassion afin de soulager ses douleurs et souffrances. Il y a ici une transgression à l'un des principes éthiques et juridiques des plus fondamentaux à savoir l'interdiction de tuer ou de porter atteinte à la vie d'autrui. Nos sociétés démocratiques reposent sur le principe que nul ne peut retirer la vie à autrui. Le contrat social « a pour fin la conservation des contractants » et la protection de la vie a toujours fondé le tissu social. On a d'ailleurs aboli la peine de mort en 1976 ! Si l'euthanasie volontaire (à la demande du patient souffrant) peut, dans certaines circonstances, se justifier éthiquement, on ne peut, par raccourcit de l'esprit, conclure que l'euthanasie doit être légalisée ou décriminalisée. La légalisation ou la décriminalisation d'un acte exige la prise en compte des conséquences sociales que cette légalisation ou cette décriminalisation peut engendrer. Les indéniables risques d'abus (surtout pour les personnes faibles et vulnérables qui ne sont pas en mesure d'exprimer leur volonté) et les risques d'érosion de l'ethos social par la reconnaissance de cette pratique sont des facteurs qui doivent être pris en compte. Les risques de pente glissante de l'euthanasie volontaire (à la demande du patient apte) à l'euthanasie non volontaire (sans le consentement du patient inapte) ou involontaire (sans égard ou à l'encontre du consentement du patient apte) sont bien réels comme le confirme la Commission de réforme du droit au Canada qui affirme :

« Il existe, tout d'abord, un danger réel que la procédure mise au
point pour permettre de tuer ceux qui se sentent un fardeau pour
eux-mêmes, ne soit détournée progressivement de son but premier,
et ne serve aussi éventuellement à éliminer ceux qui sont un
fardeau pour les autres ou pour la société. C'est là l'argument dit du
doigt dans l'engrenage qui, pour être connu, n'en est pas moins
réel. Il existe aussi le danger que, dans bien des cas, le
consentement à l'euthanasie ne soit pas vraiment un acte
parfaitement libre et volontaire »

Eric Folot

Eric Folot 5 juillet 2010 11:15

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