Les plaintes contre Radio-Canada portent souvent sur les préjugés des journalistes
Rapport de l'ombudsman Julie Miville-Dechêne
Par François Bergeron – Semaine du 6 octobre au 12 octobre 2009
768 personnes ont pris le temps d'adresser une plainte à l'ombudsman de Radio-Canada sur divers aspects de la couverture journalistique des services français télévision, radio ou Web de la société d'État en 2007-2008. Et on dit que derrière toute plainte, il y a des centaines d'autres mécontents qui ne se sont pas manifestés!
Cela représente une bonne augmentation par rapport aux 567 plaintes de l'année précédente, mais cela peut s'expliquer par le fait que Radio-Canada a couvert une élection fédérale et une élection québécoise au cours de cette période, écrit l'ombudsman Julie Miville-Dechêne dans son récent rapport annuel.
En effet, les médias sont souvent critiqués pour leur biais politique, réel ou perçu comme tel par leurs lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs.
Dans le cas de Radio-Canada – l'un des rares médias à enquêter sérieusement sur ces plaintes – on dénonce souvent un biais de «gauche». Mais les critiques les plus fréquentes portent sur l'exactitude d'une statistique présentée ou d'un terme utilisé.
Coupures
Et en cette année d'abolitions de postes pour faire face à un manque à gagner, Julie Miville-Dechêne a reçu 150 plaintes d’auditeurs franco-ontariens et acadiens sur la disparition d'émissions locales.
L'ombudsman note qu'un grand nombre de plaintes émanent systématiquement de l'organisme pro-israélien «Regroupement québécois pour un journalisme informé, honnête et responsable», qui a été très occupé l'an dernier en raison de la couverture de l'offensive militaire de 22 jours dans la bande de Gaza.
Le conflit israélo-palestinien
Plus de 200 plaintes ont porté sur le conflit israélo-palestinien, dont 156 sur un seul documentaire diffusé au RDI, Paix, propagande et Terre promise. «Ce documentaire pro-palestinien, acquis par Radio-Canada, contenait des anachronismes et sa présentation était erronée», admet Julie Miville-Dechêne.
Les deux campagnes électorales ont généré 172 plaintes, dont une vingtaine alléguant que des animateurs ou des journalistes de Radio-Canada avaient un biais contre le gouvernement Harper.
Une soixantaine de plaignants reprochent aux journalistes de contribuer à alimenter les préjugés sur les minorités visibles ou religieuses, que ce soit dans le traitement choisi ou simplement en mentionnant l’origine, la race ou la religion d’une personne. Une quinzaine de personnes considère que le personnel à l’antenne de Radio-Canada a un biais anti-catholique.
Idéologie dominante
Julie Miville-Dechêne donne raison à un auditeur qui trouve que Radio-Canada a trop souvent recours aux mêmes invités de gauche, ignorant les points de vue de droite.
Elle remarque ainsi «le nombre élevé d'interventions de l'ex-directeur de Greenpeace, Steven Guilbeault, à l'antenne» – 120 fois en 2007! – qui «porte à réfléchir».
