Encore le viol
Par Pierre Léon – Semaine du 21 avril au 27 avril 2009
La violence faite aux femmes reste la pire. Elle est pratiquée depuis que le monde est monde. Il en aura fallu des siècles pour que l’homme des cavernes prenne des ménagements pour satisfaire ses instincts sexuels.
Aux temps bibliques, il faut que le peuple d’Israël augmente le nombre de ses membres. C’est ainsi que Dieu suggère aux filles de Loth d’enivrer leur père, qui devait avoir des scrupules moraux. Après quoi, les filles, l’une après l’autre font la chosette avec Papa dans les vaps. On en a conclu que le viol n’est plus une agression quand il est accompli en famille.
La Bible nous dit que, si un homme meurt, son beau-frère devra consoler la veuve. Pour cela, il pratiquera envers elle, son devoir de beau-frère» (Deutéronome, XXV, 5-6). Il y avait des cas où le beau-frère ne demandait que ça, mais il y en eut certainement où la dame n’était pas d’accord.
Plus tard, Dieu se réveille et interdit désormais de coucher avec la femme de son père (qui n’est pas forcément sa mère), ni avec sa sœur (fille de son père ou de sa mère) (Deutéronome XXVII, 20-23).
Dans un épisode atroce de la Bible (Juges XIX, 22), ceux d’Éphraïm assiègent la maison d’un prêtre qui a donné l’hospitalité à un jeune Lévite et à sa concubine. Les assiégeants trouvent le jeune Lévite si beau qu’ils le veulent pour s’amuser un peu à le violer. Le prêtre, au nom de l’hospitalité, refuse de livrer Lévite mais il a alors une délicate idée: «Voici ma fille qui est vierge et lui a une concubine! Je vais les faire sortir, faites leur violence et traitez-les comme il semblera bon à vos yeux!» (Juges XIX, 22).
Le Lévite pousse alors sa concubine dehors et le texte saint donne la suite: «Ils la connurent et abusèrent d’elle toute la nuit, jusqu’au matin. Ils la lâchèrent au lever de l’aurore». Elle vient mourir à la porte de la maison.
Chez les pauvres qui vivent souvent tous ensemble, dans une même pièce, l’initiation sexuelle est vite faite et le viol n’y est pas rare. En témoignent les récits, romans, films, sur les bohémiens dans leur roulotte exiguë et, tout près de nous, les Inuits, dans la promiscuité de l’igloo. Le viol en douceur commis par les filles de Loth sur leur père reste une exception célèbre. Il est plus généralement agression masculine.
Le viol politique n’est pas une invention moderne. Les Hébreux pratiquent le génocide et le viol des vaincues (Juges XVIII, 27-28 et bien d’autres passages).
À l’époque moderne, le viol généralisé est devenu une arme politique de «l’épuration» ethnique et religieuse, comme celui des femmes musulmanes en Bosnie et en Albanie, des Africaines au Rwanda, des Éthiopiennes à Djibouti, ainsi que des paysannes zapatistes au Chiapas.
Le plus souvent, la honte d’avoir été violée empêche la victime d’aller se plaindre. Souvent aussi, comme dans le cas des révoltés zapatistes, le gouvernement mexicain ignore les plaintes des femmes pour la bonne raison qu’il organise lui-même le génocide de la population. Le viol en est une des composantes.
Il y a des cultures où, comme le plus souvent dans la Bible, le viol est considéré accident mineur. Le cas relativement récent de Jacob Zuma, ancien vice-président de l’Afrique du Sud, élu président ce mois-ci, le montre bien. Il viole une jeune fille et invoque pour sa défense qu’elle était d’accord puisqu’elle était allée le voir dans son bureau en tenue légère et que, auparavant, elle l’avait rencontré en jupe courte et avait croisé les jambes devant lui.
Ces signes-là étaient, dans sa culture, une invitation à coucher avec elle. Elle rétorque qu’il aurait dû voir qu’elle n’était pas consentante puisqu’elle avait gardé les bras le long du corps pendant l’acte sexuel, autre signe culturel sans doute.
Tout cela nous amène au tollé général actuel contre la loi afghane visant à légaliser le viol à l’intérieur du mariage. «Nous qui allions combattre pour que les filles soient enfin libres dans ce pays», dit-on. Mais comment, dans une culture polygame, où les femmes n’ont pas accès à la vie publique, arrivera-t-on à convaincre une épouse battue et violée d’aller se plaindre au juge de la même culture.
Ce n’est pas la loi qui modifiera les choses. C’est la culture religieuse qu’il faut remplacer!
Je retrouve l’information suivante, dont les chiffres n’ont guère dû changer: En Afrique du Sud, le viol d’une fille est commis toutes les 26 secondes! Le plus effarant est d’apprendre que, aux États Unis, ce chiffre n’est que... quatre fois moins important! (Globe and Mail 05/09/06).
Je ne connais pas les statistiques canadiennes actuelles mais les ultras minijupes et les nombrils à l’air pourraient bien donner, l’été venu, des idées profanes à bien des hommes et peut-être réveiller en eux un instinct sexuel que le politiquement correct est loin de pouvoir contrôler toujours.
Commentaires
ADIEUX À UNE DAME CHOQUÉE
Je commence par des adieux aux lecteurs. J’ai bien des chats à fouetter, trop de travail, de l’ordre à mettre en mon désordre. C’est pourquoi je dois renoncer, avec regrets, à cette chronique, pour le moment. D’aucuns en seront ravis, comme Solange Rabi que j’ai choquée. Elle me le dit vertement dans un message que vous pouvez lire sur Internet après ma chronique sur le VIOL.
Solange est d’abord choquée qu’un journal tel que L’EXPRESS DE TORONTO ait osé publier mon texte. Elle aimerait sans doute que le journal de ses rêves soit le reflet de son comportement religieux bien pensant. Un tel canard perdrait vite ses plumes dans une société de gens qui ont pris la triste habitude de raisonner plutôt que se conformer ! L’EXPRESS accueille toutes les opinions, même la vôtre, chère Solange. C’est cette ouverture d’esprit qui fait la force et la liberté d’un journal.
Chère Solange, vous m’accusez ensuite de « parler de ce que je ne connais pas », en particulier de la Bible. Je vous rassure tout de suite. J’ai été élevé dans la religion chrétienne et j’ai passé plusieurs années de ma vie dans un collège de jésuites. On nous faisait réciter une prière avant et une prière après chaque activité. Cela devait bien faire trente par jour ! L’âge de raison venant, j’ai été vite saturé d’oraisons.
Quant à la Bible, on en lisait copieusement des extraits, chaque jour. C’était une Bible expurgée, édulcorée, qu’on avalait comme un roman de cow-boys. L’idée m’est venue tardivement de lire la vraie Bible.
J’en ai été tellement stupéfait, choqué, comme vous, que j’ai écrit un bouquin que je vous conseille vivement, LE PIED DE DIEU, LECTURE IRRESPECTUEUSE DE LA BIBLE*. Je vous défie, chère Solange, de trouver une citation erronée dans ce texte. Elles sont toutes reproduites de la traduction de la Bible hébraïque d’Édouard Dhorme, Paris, Gallimard, Pléiade, 1956.
Vous me chicanez parce que, selon vous, il ne faudrait pas accuser Dieu d’avoir donné aux filles de Loth l’idée de violer leur père. C’est elles toutes seules qui ont pris cette belle initiative. Ben voyons, puisque c’est vous qui le savez ! (À moi, Dieu ne dit jamais rien, le cachotier !) Je vous rappelle, au passage, l’injonction divine, que nous serine la Bible : « Croissez et multipliez ! ». Vous tenez à excuser ces filles incestueuses qui venaient de Sodome et Gomorrhe, ajoutant délicieusement : « Elles avaient été à bonne école » ! Quant au viol des vaincues, il s’insère dans la logique de peuplement des Hébreux.
Je vous remercie de me rappeler que la Bible ne rapporte pas la parole de Dieu, comme le prétendent les religions, mais raconte en fait les turpitudes des hommes.
Allons jusqu’au bout. La Bible, comme les Évangiles, est un bricolage d’histoires. Ce sont les hommes qui ont façonné un dieu à leur image, et non le contraire. Affirmer que : « Dieu est un être infiniment bon… » comme on l’apprenait au catéchisme, est démenti par toutes les catastrophes naturelles, les épidémies, les guerres.
Devant le mystère de la vie, s’il faut croire en une force créatrice supérieure, pourquoi ne pas admettre comme l’astronome en chef du Vatican, le Révérend Père Jose Gabriel Funes (Associated Press, May 14, 2008) : LE VATICAN EST MAINTENANT D’ACCORD AVEC LES EXPLICATIONS SCIENTIFIQUES DE DIEU.
L’une des théories explicatives de la création est bien celle du big bang. Le savant romain nous dit que la relation entre foi et science est une des préoccupations du Pape. Il affirme, et cela va dans votre sens, Solange, que la Bible n’est pas une science. On s’en serait douté. C’est de la littérature, comme le catéchisme et toutes les religions. Cela ne l’empêche évidemment pas de prêcher ce qui lui passe par la tête.
Vous concluez, chère Solange, et nous serons d’accord avec vous : « Avant d’affirmer, encore faut-il savoir ou chercher à savoir »
*Toronto, GREF, 2001, traduction anglaise : Peter Seyffert, THE FOOT OF GOD, order on line : www.trafford.com/robots/04-1794.html
— Pierre Léon – 1 juin 2009 10:17

Je suis extrèmement choquée par la teneur d'un article aussi malhonnête dans un journal que je croyais respectable.
L'auteur a une bien piêtre connaissance de la Bible pour écrire de pareilles inepties. J'ai toujours considéré que le fait de ne pas partager une opinion ou une croyance n'empêchait pas dêtre vrai et loyal... En tout cas c'est ce que je m'efforce de faire.
Quant on se targue de citer des textes sur le viol, encore faut-il savoir de quoi l'on parle.
D'abord les filles de Lot ont commis un inceste non sur un ordre divin mais de leur propre chef. N'oubliez pas qu'elles sortaient de Sodome et Gomorrhe, villes qui sont encore célèbres pour leurs déviations et violences sexuelles. Elles avaient été "à bonne école".
Ensuite, vous faites allusion à l'épisode du lévite et de sa concubine. Vous oubliez juste de préciser que la Bible rapporte toutes sortes d'histoires d'assassinat, de violence, de vol, de tromperie etc... parce qu'elle raconte tout simplement l'histoire des hommes et qu'elle jette pas un voile pudique sur leur péché, mais le dénonce. C'est un contresens total que vous faites de confondre les actions des personnages qui la peuplent avec ce qui plaît à Dieu.
Quant au "viol des vaincues", il n'en est question nulle part dans la bible et surtout pas dans la référence que vous citez, sans doute sans l'avoir vérifié vous-même.
Enfin le viol est loin d'être l'incident mineur que vous voulez y voir dans la Bible. Il était au contraire considéré comme un crime et puni de mort le plus souvent. Il a fallu attendre le XXème siècle pour que les pays occidentaux le condamnent à leur tour...
Avant d'écrire et d'affirmer, encore faut-il savoir, ou chercher à savoir...
— solange raby – 12 mai 2009 14:35