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Sommes-nous seuls dans l’Univers?

Science

Par Gabriel Racle – Semaine du 7 mars au 13 mars 2006

C’est le 6 octobre 1995 que Michel Mayor et Didier Queloz, deux astrophysiciens suisses, annoncent une découverte qui fait sensation dans le monde de l’astrophysique: à l’observatoire de Haute-Provence, ils ont découvert la première planète extérieure au système solaire! Dix ans se sont écoulés et l’on compte actuellement 170 planètes extrasolaires ou exoplanètes et ce nombre augmente sans cesse. Avec ces découvertes ressurgit une question aussi ancienne que la pensée humaine, celle de la pluralité de la vie dans l’Univers.

En effet, s’il est une préoccupation commune à l’humanité, depuis ses origines jusqu’à nos jours, c’est bien celle de situer les humains dans l’Univers. Si les réponses ont varié au fil du temps, elles répondent toutes à ce besoin, des innombrables gravures rupestres jusqu’aux produits de la science-fiction.

Le trait commun, des croyances ou de l’imagination, est la quasi-certitude que nous ne sommes pas seuls dans l’Univers. Les mythologies, mésopotamienne, scandinave, grecque et autres ont peuplé l’univers d’un deuxième monde, habité d’êtres fantasmagoriques, dieux, déesses, demi-dieux.

«Ces mythologies permettaient d’expliquer les phénomènes naturels tels que les tempêtes et les saisons, de même que les origines du monde et notre destinée. Elles répondaient de la sorte aux interrogations existentielles de nos ancêtres», explique Claude Lafleur dans Comment savoir si nous sommes seuls dans l’Univers?

Mais les connaissances astronomiques (ou astrologiques) se développaient en même temps. Les Mésopotamiens connaissaient Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne, mais les divinisaient, comme Vénus identifiée à la déesse Ishta. Les Grecs prendront le relais en plaçant la Terre au centre du monde, à l’exception d’Aristarque de Samos (250 ans avant notre ère) qui propose de placer le Soleil au centre, avec la Terre, Vénus et Mars tournant autour de celui-ci. Pas question de monde habité en dehors de la Terre, même si, pour Épicure (341-270), «rien ne s’oppose au nombre illimité des mondes» (Lettre à Hérodote).

L’Église catholique affirmera que c’est le soleil qui tourne autour de la Terre, créée pour les hommes. Le ciel, parfait, est réservé à Dieu. Il ne peut y avoir d’autre monde habité. Giordano Bruno, qui prétendra le contraire, finira sur le bûcher en 1600.

En 1543, Copernic avait pourtant replacé le soleil au centre de l’univers. Le système de Copernic sera condamné en 1616 et Galilée, qui confirme la théorie copernicienne par ses observations, sera condamné par un tribunal ecclésiastique en 1633. Cependant, les choses évoluent lentement et l’on se fait à l’idée de planètes semblables à la nôtre.

En 1698, le mathématicien hollandais Christiaan Huygens envisage la possibilité d’autres formes de vie dans un univers où chaque soleil est un autre monde. L’écrivain français Bernard Fontenelle popularise cette idée en 1686, dans ses Entretiens sur la pluralité des mondes, où il raconte que la Lune est un monde habité, comme les autres planètes.

Plus tard, il y aura les canaux de Mars, défendus par le millionnaire américain Percival Lowell dans les années 1900, et dont s’inspirera la Guerre des mondes de H.G. Wells, avec ses «Martiens».

Suivront les OVNI, les sondes Voyager envoyées aux confins de la galaxie, porteuses d’un disque gravé de symboles idiomatiques censés représenter notre civilisation (1977), les projets Phœnix (1992) et SERENDIP d’écoute de signaux d’autres civilisations avec le radiotélescope d’Arecibo, le programme SETI (recherche d’une intelligence extraterrestre) avec l’expérience SETI@home. Mais aucun signal intelligent n’a jamais été identifié.

Les exoplanètes vont-elles enfin apporter une réponse scientifique à l’existence d’autres mondes habités? Il faut noter que ces planètes ne peuvent être visualisées, mais sont détectées indirectement et constituent des planètes gazeuses de la taille de Jupiter ou de beaucoup supérieure, à de rares exceptions.

Le satellite européen Corot, qui sera mis en orbite en septembre 2006, devra détecter les premières exoplanètes de la taille approximative de la Terre. Et alors?

Alors intervient le paradoxe de Fermi et sa célèbre formule: «Où sont-ils?» qui date de 1950. «Pour résumer le paradoxe en quelques mots, on peut montrer que la Galaxie devrait déjà être entièrement colonisée à l’heure actuelle et donc ''ils'' devraient être ici!», explique Joseph Vedikunnel, présentant SETI.

À la naissance du Soleil, une étoile relativement récente, la vie avait eu largement le temps d’éclore ailleurs et d’arriver jusqu’à nous. Si la vie est apparue, une civilisation aurait dû nous atteindre. La durée d’évolution d’une espèce et du développement de la colonisation de l’espace (quelques centaines de millions d’années) est très courte en regard de l’âge du Soleil.

«La solution la plus simple du paradoxe consiste à assumer notre solitude, comme civilisation technologique, dans la Voie lactée. Où sont-ils? Je pense qu’ils n’existent pas», disait récemment l’astrophysicien Nicolas Prantzos, de l’Institut d’astrophysique de Paris (IAP), faisant écho à de célèbres astronomes et biologistes, dont Alfred Vidal-Madjar, directeur de recherches à l’IAP.

À la question «alors, tout compte fait, serions-nous seuls dans l’Univers?», il répond: «Hélas, j’en ai bien l’impression. Ou heureusement, qui sait? En tout cas, on a plutôt la sensation qu’il n’y a pas grand monde, là-haut. Disons que si nous n’étions pas seuls, cela se saurait!»

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