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Abolition de la bourse pour étudier en français: de proactif à réactif

Ontario français

Par Guillaume Garcia – Semaine du 15 octobre au 21 octobre 2013

Abolition de la bourse pour étudier en français: de proactif à réactif

Le commissaire François Boileau.

Depuis le printemps dernier, les étudiants francophones de l’Ontario ne bénéficient plus d’une bourse qui leur permettait de recevoir 1500 $ afin de poursuivre leurs études postsecondaires en français.

Après une levée de boucliers de plusieurs organismes, dont le Regroupement des étudiants franco-ontariens (RÉFO), et le dépôt d’une pétition à l’Assemblée législative pour le rétablissement de la bourse, le gouvernement a accepté de revoir les critères d’admissibilité d’autres subventions, ce qui permettra d’aider plus d’étudiants francophones à poursuivre des études en français.

Le Commissariat aux services en français s’est penché sur la question et livre son analyse dans un rapport publié mercredi dernier et intitulé Abolition de la bourse pour étudier en français - L’importance de bien faire ses devoirs.

Oui, constate François Boileau, «les étudiants admissibles aux bourses du Régime d’aide financière aux étudiants de l’Ontario (RAFÉO) sont plus avantagés qu’avant grâce à l’élargissement des critères d’admissibilité à ces bourses», mais ce qu’ils ont perdu, «c’est le caractère incitatif pour étudier en français».

Si les étudiants, de manière globale sont mieux lotis qu’avant depuis la création du programme de réduction de 30% des frais de scolarité, l’incitatif d’étudier en français est désormais «caché dans les subventions au transport», regrette le commissaire Boileau.

Le rapport montre bien qu’il n’y a pas mort d’homme suite à l’abolition de la bourse, simplement que la spécificité francophone n’a pas été prise en compte.

Un mal pour un bien?

«Le montant total octroyé à un étudiant, par le biais de la réduction de 30% des frais de scolarité en Ontario durant l’ensemble de son programme d’éducation postsecondaire, surpasse donc celui qui était autrefois offert par l’entremise de la Bourse pour étudier en français», note le commissaire dans son rapport.

Qu’est-ce qui change? Et bien, depuis 37 ans, tous les étudiants francophones qui remplissaient les critères académiques avaient accès à la bourse pour étudier en français. Désormais, les étudiants francophones ont accès à la réduction des frais de scolarité de 30% et aux subventions de navettage et de déménagement uniquement s’ils sont admissibles au RAFÉO, c’est-à-dire en fonction de leurs moyens financiers.

Ce que regrette François Boileau, c’est que dans sa volonté de simplifier l’octroi et l’admissibilité aux bourses, le gouvernement de l’Ontario a privilégié une solution globale.

La spécificité francophone

«Il n’y a aucune mauvaise foi dans leur action. Le gouvernement a pris la décision de réduire les frais de scolarité au postsecondaire de 30% et il fallait trouver cet argent. Ils ont regardé quelques bourses et en ont éliminé six. C’est là qu’ils n’ont pas pris en considération la situation des francophones», indique-t-il en entrevue téléphonique.

Constat appuyé par l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), qui a rapidement réagi mercredi à la publication du rapport. «Le gouvernement a négligé l’impact positif de la bourse pour étudier en français comme incitatif à poursuivre des études postsecondaires en français. L’AFO rappelle pourtant que le développement de l’éducation postsecondaire en français est essentiel pour assurer la vitalité de la communauté franco-ontarienne, et ainsi offrir à l’Ontario l’avantage économique d’une main-d’œuvre bilingue et qualifiée.»

Bryan Cayouette, second coprésident du RÉFO, préfère lui aussi «des mesures positives spécifiques aux francophones (...) afin d’assurer une égalité réelle des chances entre les étudiants de la majorité et de la minorité linguistique».

François Boileau a posé plusieurs questions au ministère de la Formation et des Collèges et Universités de l’Ontario, à propos des objectifs de la bourse pour étudier en français. La réponse du ministère est édifiante: «En éliminant ce programme, le ministère n’a pas conduit d’étude formelle afin de déterminer si les buts et les objectifs initiaux de la bourse pour étudier en français avaient été atteints.»

Pas comparable

Les chiffres avancés par le gouvernement, concernant le nombre de bénéficiaires francophones de la réduction de 30% des frais de scolarité en Ontario (lancée en janvier 2012), poussent pourtant à l’optimisme puisque 2700 étudiants francophones et francophiles y ont eu accès, comparativement aux 779 étudiants qui avaient eu accès à la bourse pour étudier en français en 2011-2012.

Mais pour François Boileau la comparaison ne tient pas. «Il importe de se ramener aux fondements de chacune de ces deux initiatives, afin de ne pas se trouver à comparer, d’une certaine façon, ‘des pommes à des oranges’.»

La raison d’être de la bourse pour étudier en français était d’inciter les étudiants francophones et francophiles à poursuivre une éducation postsecondaire en Ontario en français. Alors que la raison d’être de la réduction de 30% des frais de scolarité en Ontario est d’inciter les étudiants, peu importe leur langue, à poursuivre leurs études postsecondaires malgré un revenu familial plus faible.

L’amertume vient du fait que le gouvernement n’a pas pris en compte l’impact de la suppression de la bourse pour étudier en français en amont de la décision finale. «On doit faire davantage d’analyses d’impact et on ne l’a pas fait», lance le commissaire aux services en français.

Madeleine Meilleur, ministre déléguée à la francophonie, rétorque que «c’est la responsabilité des étudiants de parler et d’étudier en français». «On peut encourager, mais au primaire et au secondaire, il n’y a pas de bourses et les écoles sont pleines. Il y a une grande part de responsabilité personnelle», argumente-t-elle, précisant que plus d’étudiants francophones bénéficient de la réduction de 30% des frais de scolarité en Ontario que de l’ancienne bourse pour étudier en français.

Les étudiants ont tout de même perdu un incitatif de les poursuivre en français, ces fameuses études.

Le rapport

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